deux-nids( je ne peins pas le monde,mais le dessine avec mes mots...)

deux-nids( je ne peins pas le monde,mais le dessine avec mes mots...)

CHRONIQUE SUR ENTENDRE L'ECRIT par ALAIN IAMETTI

En ce temps-là qui dure encore, le sud Lyonnais, sans doute amoureux, avait rejoint le nord de l’Isère. Les idylles tectoniques ont le pouvoir dit-on de générer des astres, on ne peut les atteindre qu’à travers une rythmique tellurique poétique.

Je fus convié à rencontrer un de ces météores, mais avant « d’y faire » selon la sagesse lyonnaise, j’allais m’enquérir de l’épaisseur du gone chez quelques Mères illustres. Elles causaient le franco-provençal devenu celui des traboules.

La dame de Saint-Jean m’enseigna longuement, puis elle jacta lapidaire « Tu le reconnaîtras sans faute, il porte un galurin » et aussi sec bavassa un authentique syllogisme de la Mule :

« Tous les poètes sont chapeautés,

Or Denis porte un galurin,

Donc Deux Nids est un poète ! »

Sa voisine m’avertit que le sieur en question se drapait derrière une antonomase.

Oh ! Mère Guille qu’es aco ? A peine avait-elle pris son élan que sa voisine qui venait de terminer sa cervelle de canut postillonna la solution. « L’antonomase, claironna la mère des Brotteaux, est une figure de style, ça va bien aux poètes, on prend un nom commun et on le rend propre… elle ajouta : c’est du grec… du vrai ! »

Et deux nids, devint Deux Nids…

« J’y crois pas ! Dis-je…

La mère Guille qui voulait rattraper son retard, jacta urbi et orbi : « Y est assez bavassé… écoute ce qu’y dit l’drôle ! »

« Quand je veux faire de bons vers, le tout est de bien prendre la golichinante en commençant. Puis ça va tout seul ! » C’est t’y pas trompeté ça ?

La mère Guille me tendit l’opus du chapeauté et conseilla…

« Brandusse donc pas, vas z’y voir !

« J’y fus, j’y vis et alors j’y crus…

 

Permettez, mes gentilés, de brosser le style de l’astre. L’homme se présente bien en chair, Villon n’aurait pas renié son froc de troubadour. Il porte barbe de sage, celui qui vécut jadis aujourd’hui autant qu’au futur, l’abord, l’avant, ici et là. Une question surgit : va-t-il au lit chapeauté… d’aucuns le prétendent… c’est un de ses mystères.

J’ajoute que son regard… voit… ce que tant d’autres s’escagassent à percevoir.

C’est à ce regard-là qu’on reconnaît un poète… dit-on, moi je le crois.

Après cette lyonnaise présentation rabelaisienne bien de chez nous, intéressons-nous aux mots du félibre.

 

Rien n’est plus secret qu’un poète qui vous sourit. Lisons l’œuvre pour atteindre la vibrante moelle… ensuite nous pourrons causer.

Son dernier texte « Entendre l’écrit » se présente sous la forme de 59 orgasmes poétiques sensuels en vers libres… j’ai dit « orgasme poétique sensuel » nuance !

La taille des strophes accepte facilement la période et permet l’amplitude de l’élévation de chaque propos… suivant la richesse du thème.

La rime est croisée, suivie, ou ailleurs en balade… elle aime souvent l’apocope. La plupart des vers ont une métrique de six pieds, la césure n’est ni rebelle ni obtuse et encore moins systématique, elle rythme la cadence des élans du cœur.

Il n’est pas fortuit que deux des vers les plus longs se distinguent pour rendre hommage en rimes suivies à la : « Main du créateur »

« Elle est le prolongement de moi

Elle tient ma plume entre ses doigts »

Notez que si la main tient la plume, le chapeau pouponne les neurones…

 

Après ce lapidaire descriptif technique, analysons le sens sensuel de l’essence des sens ! Un mot résume le message :

« Aimer »

C’est le titulus de la première strophe, il irrigue l’ensemble du parchemin. Le poème nous offre 9 anaphores qui reprennent ce beau verbe au début de chaque strophe tel un développement programmatique : « Aimer c’est : la surprise, s’engager, dépeindre, accepter la faiblesse, vaille que vaille, respecter, pour donner enfin…

« L’amour en chemin. »

Ce premier texte offre bien d’autres élévations. A l’unisson vibrent les quatre rimes suivies de chaque strophe, la lecture prend alors la résonnance musicale d’une comptine. Modérato-espressivo-andante le texte déclinera le verbe « aimer » mezza-voce-appassionata… cantabilé.

Le vocabulaire n’est en rien précieux, il dit le mot simple et juste. Le vers, par ses cadences et ses élans, nous transporte au chœur des sentiments. Je précise que simple ne veut point dire simplet. Il suffit de huit notes à Mozart pour composer ses sublimes partitions. Simple, mais voilà, certains transcendent avec un minimum, ils esquissent la profondeur d’un ciel, la douceur d’un velours qu’on effleure, la détresse d’un corps souffrant, ou la sensuelle peau de femme que l’on caresse.

Oui, le poète est un amoureux des mots des fleurs des êtres ; il s’offre à ouvrir son âme, parfois, pourtant il exprime sa grogne contre :

« Les promesses périmées »

L’opus développe d’autres thèmes que Deux Nids irrigue de sa création, je retiens… le contact, l’engagement, la tendresse, la maladie, la faucheuse qui veille, le cycle des saisons, les ruptures de rythme… mais aussi les moments perdus, les attentes : une vie en somme.

Une palette d’émotions

Où je puise ma passion...

Vous verrais-je bientôt ??

Me suivre derrière mes mots...

A travers les soupirs, l’instant poétique semble, irrationnel, projette… la plume…

Aime la déraison

Ou donne-moi une raison !!!

Aiment la poésie

En vers... et contre tout !!

Soudain le poème « Et s’envoler » le 13, ce n’est pas un hasard, dévoile la fragilité de l’être. La flamme du luminion a vacillé, sous les chocs de la vie ; le leitmotiv reviendra plusieurs fois dans l’opus :

Qui es-tu blouse blanche

Vers mon corps couché??

Es-tu la dame blanche

Que je vais rencontrer??

Non, ce n’est pas encore son heure, ce n’est pas l’heure, c’est une autre heure, l’heure qui restaure la chair afin de partager ce que Deux Nids a encore à nous confier…

Je ne dormirais pas

Car je n’ai pas tout dit…

Le cycle se poursuit, c’est le miracle de la renaissance du corps par la force de l’esprit… le cœur à tant de choses à partager…

Je n’aurais jamais cru

Pouvoir lui dire je t’aime

Mais dès que je l’ai vue

Ce fut l’évidence même !

Dès lors, nous suivrons les développements syncopés, entre les instants gris et ceux de rédemptions. Le regard devenu attentif, scrute les moments creux… la vieillesse, l’arbre fracassé, la fuite des saisons, l’adversité mais sans cesse revient la vague dominante émotionnelle…

Le bonheur

C’est un instant de grâce

Découvrant dans la glace

Ton sourire moqueur…

Très loin, c’est aussi l’appel spirituel, la voie de Compostelle « Partir », lâcher prise…

La poésie et sa musique

Moi, assembleur de mots

Toi, faiseur de guitare…

Leçon de vie, réalité immanente, cadence des joies et des peines, le poète approche l’espace transcendant… la sagesse… il sait que l’ainsi peut-être transcendé par l’échange et donne un sens à une trajectoire :

J’ai appris la sagesse

Et rempli de tendresse

Mon cœur de vieil amant

Pour au moins deux mille ans…

C’est la force de la poésie que de pouvoir triompher de toutes les décadences par la seule puissance de l’amour.

Et quand sur moi tes yeux

Se posent, délicieux

Je ne peux résister

A l’appel de tes lèvres,

De la plainte amourée

Qui dans la nuit s’élève….

Tu vois Deux Nids… rien n’est plus difficile que de transmettre l’émotion. Nos mots se sont tant usés avec les frottements du temps, il t’a fallu revenir au signifié premier originel pour créer le vrai saisissement qui permet le lien… retrouver la chair du mot.

Loin des pathos, telle une esquisse de Matisse, une appogiature de Mozart, la naissance d’un papillon tu parviens à franchir l’espace incommunicable.

J’ai lu la partition, j’ai écouté les harmonies soyeuses de tes mots, elles atteignent le chœur du cœur… « Entendre l’écrit »… et c’est bien !

 

Adessias félibre !

 

Alain

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 



10/04/2019
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